Donner la vie

18/05/2021

Donner la vie

Je crois que ces mots ne peuvent jamais prendre autant sens que lorsqu’on les a vécus au plus profond de ses tripes.
Donner la vie.
C’est beau, c’est dur, c’est puissant, c’est violent, c’est galvanisant, c’est déroutant.

Si je partage aujourd’hui ce récit, ce n’est pas pour faire peur. Au contraire. C’est également et surtout pour montrer que quand on désire quelque chose très fort, l’univers se plie parfois en 4 pour nous l’offrir, même lorsqu’on n’y croit plus.

Je retiens de cette aventure la magie qui s’est déployée, car les moments difficiles trouvent aussi leur grâce pour les yeux et le coeur qui savent voir et ressentir, avec Amour avant tout.

 

30 avril 2021

Nous fêtons les 5 ans de notre petite Gaïa. C’est étrange de me dire qu’elle passe ce cap alors que bébé est toujours au chaud dans mon ventre, 6 jours après terme. Tout peut arriver aujourd’hui encore, s’il décide de naître le même jour que sa grande soeur. Ou galant, il lui laissera « sa » date d’anniversaire avant de faire son apparition.

22h15, j’ai des contractions toutes les 5 minutes et la sensation d’une légère fissure de la poche des eaux. Après avoir laissé notre fille chez sa marraine, direction la maison de naissance où j’ai choisi d’accoucher naturellement. Après un premier accouchement provoqué il y a 5 ans contre ma volonté initiale, je désire plus que tout mettre ce bébé au monde le plus physiologiquement possible.

Lorsque nous arrivons sur place, les contractions sont à nouveau espacées et je m’angoisse d’être en faux travail. Pourtant, mon instinct me fait comprendre que c’est cette nuit…

Nous nous assoupissons avec mon mari, en attendant notre sage-femme qui reviendra vers nous d’ici quelques heures.

 

1er mai 2021

Quand je me réveille vers 3h du matin, je me retourne et là je perds clairement les eaux. Je suis soulagée et heureuse, c’est parti pour la grande aventure !

Les 2-3 premières heures se déroulent très bien, je gère les contractions et la douleur en accompagnant chaque étape du travail. Ensuite, ça devient de plus en plus difficile. Bébé est un grand gabarit, je sais que la descente risque d’être compliquée et m’y suis préparée.

Mon mari est extraordinaire, il est calme, patient, ancré, il m’aide à travers sa voix rassurante, ses doux mouvements, sa tendresse. C’est un vrai travail d’équipe et je crois que sans lui, j’aurais été désespérée bien avant !

 

Tout s’accélère

Je perds le contrôle. Je suis en transe. Je sais que c’est normal et je continue à accompagner, à me conditionner. Pourtant, au bout d’un moment je sens que quelque chose « cloche ». Et je dois me l’avouer : la souffrance est ingérable. Les contractions ne me laissent aucun répit, elle se chevauchent sans pause et je hurle non pas seulement de douleur mais de détresse.

La sage-femme me dit que la tête du bébé est mal engagée, elle essaie de me faire changer de position mais rien n’y fait. Je suis dilatée à 9, c’est la phase la plus difficile du travail qui est extrêmement intense mais normalement pas si longue. Là, ça dure, ça dure et je suis à bout de forces. Je reste presque 3 heures dans cet état, on tente de réorienter la descente du bébé sans succès.

Le temps passe et je suis tellement désespérée que je suis prête à marcher sur mes principes de l’accouchement naturel. Je commence à imaginer une péridurale ou un déclenchement ou une césarienne, car je ne veux qu’une chose : sortir mon bébé. J’essaie de me connecter à lui avec le peu de ressources qu’il me reste, je lui promets que tout ira bien quoiqu’il arrive et lui jure que j’aurai fait du mieux que j’ai pu.

 

Comme je le pressentais

La sage-femme ne voit pas d’autre solution que de me transférer à l’hôpital car le bébé ne s’engage toujours pas.

Il faut maintenant que je me rhabille et que l’on parte. Ca me semble insurmontable. Le bébé pousse, je suis en phase finale et l’idée de devoir marcher jusqu’à la voiture qui n’est qu’à quelques pas me paraît impossible. L’hôpital est à moins de 5 minutes mais le trajet est interminable.

Lorsqu’on arrive sur place, je me laisse tomber dans le fauteuil roulant que m’amène notre sage-femme, et elle me guide jusqu’à la salle d’accouchement.

 

L’ambiance est tellement différente…

Après les lumières tamisées et l’atmosphère douce de la maison de naissance, me voici sous des néons aveuglants, il y a du monde tout autour de moi et c’est la frénésie. J’entends l’inquiétude quant aux battements du cœur de mon bébé qui ralentissent. La sage-femme qui me prend en charge me fait comprendre qu’il va falloir aller vite car ni anesthésie, ni déclenchement ou autre ne sont possibles à ce moment-là.

Je suis en angoisse, et alors qu’on me demande de pousser de toutes mes forces, je prends conscience que je vais devoir trouver des nouvelles ressources. Pour Lui. Parce que non, je ne vais pas en rester là et oui, il est de mon devoir de faire tout ce que je peux.

L’équipe qui s’affaire autour de moi me guide avec fermeté ne me laisse pas le choix que de puiser dans mes forces insoupçonnées.

« Il faut y aller là Madame, vous devez pousser le plus fort possible. »

 

Je sais que le moment est décisif

Je donne tellement tout que je vois des étoiles, des formes, je saigne du nez, j’ai l’impression de ne plus respirer. Je ne suis pas sûre de bien comprendre ce qu’il se passe, j’écoute ce qu’on me dit et j’obéis, je suis dans une autre forme de transe.

J’ai tout à coup la sensation de voir des pièces de puzzle qui s’imbriquent les unes dans les autres, puis la sage-femme me rassure alors qu’elle aperçoit la tête du bébé qui descend. Des images défilent dans ma tête et je vois comme un nouveau scénario se dessiner… Une impression très étrange, comme si l’Univers voulait reconstruire la situation… Je n’oublierai jamais cet instant, cette vision, ce message.

Je pousse encore à quelques reprises et tandis que je me sens partie très loin, mon bébé est sur moi ! Je ne suis pas totalement consciente qu’il est là, enfin, magnifique et si parfait. Et oui, bel et bien grand ! Je me sens hors du temps en le serrant très fort dans mes bras.

 

Est-ce que je l’ai vraiment fait ?

Mais comment ? Je n’arrive pas à réaliser que j’ai mis cet enfant au monde naturellement, comme je le souhaitais tant alors que je n’y croyais plus. J’ai l’impression de rêver. Je suis dans un autre espace, dans une nouvelle dimension, avec ce petit garçon que j’aime déjà à la folie. Je savoure ces instants précieux et délicieux. J’observe avec fierté mon mari couper le cordon. Nous sommes aux anges.

Environ vingt minutes passent ainsi, puis je vois la sage-femme qui semble inquiète. Elle me demande de pousser à nouveau car le placenta ne vient pas. Je m’exécute mais il n’y a que du sang qui sort. Je commence à faire une hémorragie. On m’explique alors qu’il n’y a pas de temps à perdre et que je dois partir en urgence pour me faire opérer sous anesthésie générale afin d’extraire le placenta.

 

Non, ce n’est pas fini

Je ne comprends rien, mais je suis dans un tel état de faiblesse que je me laisse simplement guider. Je me souviens que tout va à nouveau très très vite. On me pose un masque à oxygène sur le visage et…. je m’endors.

Lorsque je me réveille une heure plus tard, mon mari et Nahuel sont devant moi. Je mets quelques secondes à reprendre mes esprits et à réaliser où je suis, ce qui vient de se passer et à reconstituer tout ce qui s’est déroulé au cours des dernières heures.

 

Ca fait beaucoup, beaucoup

J’ai envie de pleurer, je suis émue et j’ai le cœur qui déborde d’amour.

Nahuel découvre les joies de la tétée, et je me rendors avec ce bonheur tout contre moi. Je crois bien que ce petit bonhomme m’a sauvée, car tout aurait été certainement bien plus compliqué voire même grave si je ne me trouvais pas en hôpital suite à cet épisode post-accouchement. Je lui ai donné la vie, il a sauvé la mienne…

Je ne veux plus y penser, juste apprécier.
Et laisser quelques larmes couler.

 

Photo: Noémie Janin

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