Et si la liberté commençait là où s’arrêtent les préjugés ?

13/10/2021

“Devenir libre, qu’est-ce que cela veut dire finalement ?
Est-ce que cela signifie réussir à s’échapper d’une cage pour s’enfermer dans une autre, beaucoup plus grande ?”
Haruki Murakami

 

Visiter un zoo ? Inconcevable à mon coeur.
Jusqu’à ce 27 septembre 2021.
Une année qui, décidément, vient bousculer beaucoup de mes convictions…

 

Les animaux et moi, une immense histoire d’amour

Depuis toujours. À tel point qu’à 10 ans, en adoptant mon premier chien, j’annonce à mes parents que je veux devenir végétarienne. Ce qui n’est pas si facile : je me vois aussi simplement que clairement refuser ce désir. Néanmoins, la graine est semée.

D’autres épisodes suivent, comme l’argent que je récolte grâce à des bricolages « homemade » que je vends à mes voisins, pour ensuite reverser les – minimes 😉  – recettes à des associations en faveur de la cause animale. Ou un stage inoubliable chez un vétérinaire de campagne. Si j’avais été dotée d’autant d’aptitudes scientifiques que mes dons littéraires, je me serais naturellement orientée vers cette profession.

Entre autres événements marquants durant mon adolescence, je visite un laboratoire d’expérimentation animale pour me confronter à la triste réalité de la vivisection. Je participe à différentes actions pour lutter contre la maltraitance des animaux. J’adhère à une association et vis ma première période rebelle en militant contre la fourrure, entre autres. Quelques années plus tard, je refuse le job qui m’aurait assuré le meilleur salaire de ma vie dans une entreprise fabriquant des produits de nettoyage testés sur les animaux.

 

Entre émancipation et convictions

C’est lorsque je prends mon indépendance que je deviens enfin végétarienne. D’autre part, j’ai toujours fait très attention à ne pas acheter de produits cosmétiques à base de – ou testés sur – les animaux.

Et un jour, j’adopte ma petite minette Fluffy à la SPA. Je n’oublierai jamais l’émotion ressentie ce jour-là. C’est comme si elle m’attendait. Elle m’aura appris ce qu’est l’amour inconditionnel avant d’avoir des enfants. J’adopte ensuite d’autres chats, j’en recueille aussi. Aujourd’hui, nous partageons notre vie avec deux merveilleux félins.

Alors durant toutes ces années, dès que j’entends parler de zoo ou de lieux de captivité, ma réaction est toujours la même : comment peut-on avoir envie de fréquenter ces lieux où les animaux sont prisonniers et donc forcément malheureux ?

 

Communiquer avec les animaux

En 2015, je m’en souviens très bien, car Gaïa était dans mon ventre, je participe pour la première fois à un stage de communication animale. Cette expérience était un rêve, et au-delà de ce que je vis ce jour-là, je fais la connaissance de France Périat qui l’anime. Cette femme et son parcours m’émeuvent particulièrement.

En parlant de ses différentes activités, elle mentionne des ateliers de communication animale au zoo de Servion. À ce moment-là, je suis dans l’interrogation la plus totale. On en discute. Et elle prononce cette phrase que je n’oublierai pas : « Marylin, ne penses-tu pas que ces animaux en captivité ont justement besoin de beaucoup d’amour et que le fait d’aller leur rendre visite est un moyen de leur en donner ? »

Oui.
Certainement.
Mais j’ai encore de la peine à m’imaginer mettre les pieds dans un tel lieu.

Octobre 2020, je reprends contact avec France pour un stage autour de l’animal totem au cœur du mandala qu’elle co-anime avec Véra Anicic. Après ces deux jours puissants et bouleversants, le sujet des ateliers au zoo revient. Cela m’intrigue pour de bon. Je pense que je peux être prête, mais d’ici quelques mois. Car à ce moment-là, j’attends à nouveau un bébé.

 

27 septembre 2021

On y est. Je suis inscrite. Une petite angoisse m’habite les jours qui précèdent. Comment vais-je vivre le fait d’être au contact de ces animaux privés de liberté ? De voir des fauves en cage alors que j’ai eu l’immense chance de les observer dans leur milieu naturel au cours de mes voyages lointains ?

Ce matin-là, le soleil brille et c’est avec beaucoup de joie que je retrouve France. Ses premiers mots viennent déjà provoquer mes idées préconçues : « Aujourd’hui, on libère les préjugés. On écoute ce que les animaux ont à dire et on prend du recul quant à nos propres perceptions. »

Voilà qui fait sens. Et qui me donne déjà à réfléchir sur ces hypothèses qui m’habitent depuis si longtemps. Et si je tâchais de ne pas projeter mes ressentis sur les êtres que je vais découvrir ici ?

Ma première rencontre a lieu avec les tigres, Oural et Tinka. Une vive émotion me submerge, je sens les larmes monter et je ne peux pas les retenir. Je me trouve tellement petite face à ces êtres majestueux. Et en même temps, je fais face à ce sentiment de honte d’être là à les observer « de l’autre côté », là où moi je suis en liberté.

 

STOP !

Libérer les préjugés on a dit.

D’ailleurs, à quel point suis-je en liberté ?
L’est-on véritablement ? Spécialement à l’heure actuelle ?
Et de quelle manière jauge-t-on ce qu’est la liberté ? En avons-nous tous la même définition ?

Oural et Tinka se déplacent vers nous et font quelques rondes alors qu’on établit notre premier dialogue avec eux. Cette expérience de communication avec des animaux sauvages est particulièrement saisissante.

Au-delà de ce que nous captons et de ce qui nous est révélé, je trouve fantastique de reconnaître que nous sommes plusieurs à avoir eu les mêmes ressentis et à avoir écrit des observations similaires. Je connais le pouvoir de la communication animale et de l’intuition, mais je me laisse néanmoins toujours surprendre de faire ces constatations.

Ensuite, arrêt auprès des ratons laveurs, qui me confient qu’ils ont besoin d’obscurité et se réjouissent de la saison d’hiver et ses longues nuits. À la fin de la visite, nous nous entretiendrons avec le directeur du zoo qui le confirmera. Voir les petites pattes de ces adorables boules de poil gratter la terre en cherchant le contact en dehors du grillage m’attriste. Alors, de cœur à cœur, et à défaut de pouvoir les toucher, je leur transmets beaucoup d’amour.

Nous faisons halte près du cerf en pleine période de brame, des loups, de la panthère des neiges, des lions… Mais l’arrêt sur image que je désire refaire ici, c’est celui que nous effectuons en compagnie des bisons. Un animal que je connais peu, et dont je sous-estimais certainement la grande puissance jusqu’à ce jour.

 

Bisons et visions

France nous propose de nous asseoir devant leur enclos, particulièrement spacieux, et de pratiquer la communication avec eux à travers une méditation, en leur demandant conseil. Elle prend son tambour, et quand France se met à jouer c’est toujours une expérience incroyable. Elle nous transporte immédiatement avec ses rythmes profonds. Nous nous laissons emmener à la rencontre des bisons, entre rêve et réalité.

Il est là, robuste et avenant, planté devant moi.
Autour de lui brille un halo jaune sur l’herbe qui scintille.

Je m’approche pour lui poser ma question. Elle concerne ce que nous vivons à l’échelle planétaire actuellement, et comment je le ressens personnellement. Je lui demande de quelle manière trouver plus de paix intérieure.

Le bison me dit de ne pas m’en faire. Que lui est bien, car « il sait ». Il est déjà dans l’autre monde. Lui et ses congénères ont appris à gagner leur liberté, de sorte qu’on ne puisse plus la leur reprendre.

Je le regarde avec étonnement et il doit comprendre ce que cela veut dire, car il ajoute : « tu penses que je suis enfermé, mais ne serait-ce pas vous humains qui l’êtes bien plus que vous ne le croyez ?  Vois au-delà. Ressens. Expérimente. »

Et il s’en va, de manière aussi élégante et posée qu’il m’est apparu.

Je reprends mes esprits, et je le remercie. J’éprouve autant d’émotion que de sidération. C’était intense, direct et clair. Je garde précieusement dans mon cœur cette lumière qu’il m’a insufflée.

 

Au-delà de la cage

Notre parcours se termine avec le directeur du zoo, auquel nous transmettons les différentes informations canalisées auprès des animaux durant la journée. Je suis particulièrement touchée par le fait qu’il soit si ouvert à cette démarche, car il semble très concerné par ce que nous avons à dire.

France nous disait à quel point cet homme est un passionné et aime profondément « ses » animaux, et j’avoue que je commence à comprendre ce que cela signifie. Je réalise que cette notion d’amour, tout comme celle de liberté, peut se concevoir à travers une autre facette. Inédite pour moi, nouvelle, pas forcément confortable au premier abord. Mais qui mérite d’être prise en considération, car elle m’a permis d’ouvrir une perspective différente. Hors du jugement, hors des apparences que je construis dans ma réalité, hors de ce que je croyais être une unique vérité. Car notre point de vue dépend simplement de là où on regarde et dans ce cas précis, de quel côté de la cage on se trouve.

Je quitte les lieux en me sentant riche de nouveaux enseignements et extrêmement reconnaissante auprès de ses habitants qui ont toujours beaucoup à nous apprendre sur eux comme sur nous-mêmes…

 

P.S. Visiter ou non un zoo, est-ce “bien” finalement ?

Je ne peux pas me prononcer sur cette question qui reste très personnelle selon les convictions de chacun. En ce qui me concerne et sur la base de cette expérience, je dirais que c’est avant tout l’état d’esprit et l’intention avec lesquels on décide de faire cette visite qui sont déterminants. Hors de cette optique, je n’envisage pas de m’y rendre à nouveau.

 

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